Touraine Planeur

Le site de Mettray : la Paternelle


D'après Histoire de la protection judiciaire de la jeunesse du ministère de la justice


Depuis la fin du Moyen Age jusqu'aux années 1820, le sort des enfants délinquants consista le plus souvent dans leur confinement parmi la population des prisonniers adultes. Puis apparurent les colonies pénitentiaires agricoles d'enfants, chargées de rééduquer les mineurs par le travail et l'apprentissage.



Evolution de la législation:

  •         loi du 24-07-1889 sur la protection des enfants maltraités ou moralement abandonnés
  •         loi du 19-04-1898 sur le placement des mineurs « auteurs ou victimes » d’infractions pénales
  •         loi du 5-12-1901 qui sanctionne l’enlèvement des mineurs par les parents privés du droit de garde
  •         loi du 12-04-1906 qui étend le bénéfice de la minorité pénale à la tranche d’âge de 16 à 18 ans.

 
Sous l’influence des législations étrangères sur l’enfance, la loi du 22 juillet 1912 pose et reconnaît les grands principes qui organisent désormais le système français et préfigurent la protection judiciaire de l’enfance délinquante et en danger des ordonnances du 2 février 1945 et du 23 décembre 1958.

    


Mettray, c'est là, à cinq kilomètres au nord de Tours, que se trouve le vaste domaine de 700 hectares que le vicomte Bretignières de Courteilles donna en 1838 à la société La Paternelle pour y implanter une colonie agricole destinée à recevoir les enfants acquittés par les tribunaux ou placés par mesure de correction paternelle pour y être "élevés et enfermés pendant tel nombre d'années que le jugement détermine".

Des deux côtés du vaste terre-plein se dressent les pavillons de groupe (à l'effectif de 40 garçons). Au fond de la perspective, la chapelle qui porte encore les noms des illustres visiteurs, qui ont tenu à souscrire à cette œuvre philanthropique : Lamartine, Arago, Ledru-Rollin, etc.


A l'étage des pavillons de groupe, une vaste salle où chaque soir les jeunes colons tendaient les quarante hamacs dans lesquels ils dormaient, en attendant le réveil sonné militairement au clairon.


Il y a deux sortes de colons à Mettray, les colons sédentaires et les colons cultivateurs. Ils sont classés d'après leurs aptitudes particulières. Toute personne étrangère à la colonie qui cherche un apprenti consulte la table de classement pour l'industrie dont il a besoin, et le tableau d'honneur des colons concernés.


De 1920 à 1927, malgré les efforts du secteur privé pour créer de nouvelles institutions, les moyens financiers manquent, et l’administration pénitentiaire elle-même se voit contrainte de fermer certains de ses établissements. Ceux qui restent sont laissés dans un état de semi abandon.

En proie à de vives critiques de la part du gouvernement, l’administration se défend en attaquant certaines œuvres privées. Ces dernières rétorquent en accusant les colonies pénitentiaires de participer de manière indirecte à la recrudescence de la délinquance.

Le juge Henri Rollet, fondateur d’œuvres de patronage diverses et créateur des premiers comités de défense des enfants traduits en justice, dépeint en 1927 l’énorme malaise qui touche toute la rééducation, secteur privé et secteur public confondus dans un commun naufrage.

                            

"Le père. - le bougre ne veut pas mordre au latin!...
Le Directeur - Une année de cellule modifie bien des goûts !"
"- Les enfants aiment le changement...
Et il faut si peu de chose pour les rendre heureux !"

 

En 1930, Jacqueline Albert-Lambert s’interroge dans l’Intransigeant : « Que se passe-t-il à la colonie de Mettray ? » Ses prises de position, si elles entretiennent un certain malaise ne suffisent cependant pas à réveiller l’opinion publique. Il faut attendre l’été 1934 et la révolte des jeunes colons de Belle Ile en Mer pour qu’enfin soit révélé le « scandale des bagnes d’enfants ».

« Au cours des années 1936 et 1937, au moment où l’effort de modernisation des maisons d’éducation surveillée était le plus vigoureux, le moindre incident était démesurément grossi et la vérité odieusement travestie. Rien n’a été épargné, même pas les photos truquées... Qu’importe la véracité des faits pourvu que les midinettes s’arrachent la sixième édition à cause de son gros titre émouvant sur trois colonnes.»